Regards croisés sur l’accueil avec Ghislain Alofa-Kponve (3/3)
Ce post est le dernier d’une série qui croise les regards d’une personne accueillie durant son envoi et des personnes qui l’accueillent. Une expérience d’interculturalité riche que nous découvrons ici avec Ghislain Alofa-Kponve, envoyé du Togo en Suisse.
Photo famille (de gauche à droite) Monique, Pascal & Ghislain.

Famille d’accueil
Monique & Pascal WENGER-BOREL
Venant du Togo, Ghislain est arrivé le 14 janvier 2025 chez nous, Monique et Pascal WENGER-BOREL à Epalinges. Quel contraste de passer de 30 C° à 0 C°, pour un jeune homme d’être accueilli par nous retraités et grands-parents, lui soucieux de sa profession et nous engagés dans nos multiples activités.
Dans ce froid, nous faisons le nécessaire pour l’accueillir chaleureusement avec deux représentant.es de DM par quelques notes de notre musique et un bon repas. Nous planifions son séjour entre son temps à DM, son temps avec nous et celui des rencontres avec les membres de notre paroisse. Lui qui se dit n’être pas du matin, le voilà déjà tout occupé ! Ghislain nous accompagne au week-end de chantée œcuménique, se présente au culte animé par notre pasteure Noémie Heiniger. Il y rencontre des membres de notre paroisse qui l’inviteront, merci à elles et eux.
Nous détournons Ghislain de sa passion pour les jeux vidéo en l’emmenant dans nos passions musicales. A l’église St-Laurent à Lausanne, Ghislain écoute Monique chanter du gospel avec son chœur et à St-Prex Pascal avec son groupe de jazz, nous laissant des vidéos.
Dans notre pays de montagne, nous transportons Ghislain au Mont-Pèlerin au soleil au-dessus de la mer de brouillard. Dans ce beau paysage, fier, il marchera comme jamais, dit-il !
Durant le quotidien, nous avons de nombreux beaux échanges, mais pas le matin car on le voit passer vers 9 heures en coup de vent et dit qu’il doit apprendre que les transports en Suisse ne l’attendent pas. Il est très reconnaissant que Monique l’ait amené en auto au métro pour réussir à prendre de justesse son train pour Berne !
C’est le soir que nous avons eu beaucoup d’échanges avec un humour que Ghislain apprécie. Nous avons bien discuté des différences culturelles et, par exemple, avons été étonné.es de voir comme Ghislain tenait à différencier son pays du Togo de celui du Bénin que nous connaissons depuis plus de 10 ans par différents séjours. Nous avons été touché.es d’entendre Ghislain nous confier sa vie de trentenaire au Togo.
Merci à Ghislain pour le bon repas togolais concocté pour toute notre famille. C’était sympa de le voir entouré de jeunes de son âge et nos petits-enfants. Il y avait la même ambiance à la belle fête de départ sous forme de repas canadien où une vingtaine de personnes sont venues lui dire au revoir après son séjour de 6 semaines.
Nous avons eu du plaisir à voir Ghislain, avec bonne humeur et enthousiasme, découvrir notre pays, « la raclette, la fondue, le gâteau au fromage, le chocolat, … 😊 ». Nos vies sont si différentes, quel contraste, que de riches échanges, si riches que Ghislain en avait ses valises trop pleines. Pour l’exigence au check-in, il a dû laisser du contenu prévu en Suisse !
Envoyé
Ghislain ALOFA-KPONVE
Un hiver chaleureux
Lorsque DM me mettait en contact avec ma famille d’accueil en Suisse, j’avais plusieurs interrogations qui ne pouvaient trouver de réponses que lorsque j’aurai entamé mon séjour. Quelle ambiance prévaudra dans cette maison ? Mes habitudes, mes attitudes ne seront-t-elles pas un frein à l’entente ? Quid du conflit de générations, moi qui suis dans la trentaine et ce couple de sexagénaires ? Ne m’ennuierai-je pas avec ces personnes qui font de la musique, moi qui n’en suis pas un féru, encore moins un réel connaisseur du jazz dont ils sont des maîtres ?
Casanier et un tout petit peu réservé, je me triturais. Sans me douter qu’à Epalinges, j’aurai droit à une véritable famille qui me manquera plus tard, je me laissais aller à toutes les spéculations. Jusqu’à mon premier contact physique avec la famille Wenger-Borel le 14 janvier.
Premier pas
Il est un peu plus de 11h lorsqu’avec Aline Mugny et Arintsoa Zafindriaka de DM, nous franchissons les portes de la maison Wenger-Borel. L’accueil est splendide, riche en émotions. Pour ces inconnu-es qui ont partagé ma peine du visa refusé quelques mois plus tôt, leur musique sert de bienvenue, un peu comme la libation chez moi au Togo. La mélodie douce que le couple nous propose ouvrira la voie à un séjour paisible et de qualité.
Très vite, Pascal deviendra l’un de mes gestionnaires d’agenda…(sourire). Il prendra contact avec des paroissien-nes et des ami-es pour me caler des rendez-vous. A la maison, je découvre les mets suisses. Monique a voulu me faire vivre l’interculturalité dans l’assiette. Ils changeront leur agenda et leurs habitudes pour m’aider à passer un hiver chaleureux dénué de froid.
Le brassage culturel et générationnel était au rendez-vous. La famille Wenger-Borel n’a fait montre d’aucune condescendance du fait de leur âge ou de leur culture. Deux heures par ici à discuter des mœurs, une heure par là à parler du droit de veuvage et d’héritage en Afrique de l’Ouest ou de système éducatif sur nos deux continents, etc. nos moments d’échanges, les soirs, ne manquaient pas. Ces débats ne souffraient d’aucun tabou, d’aucune censure. Autour des copieux repas que nous proposait Monique et les bons vins de la cave de Pascal, nous refaçonnions le monde et partagions les richesses de nos différences.
Je garderai aussi en souvenir l’humour de Pascal. Il sait et aime jouer avec les mots. Et cette voix nasalisée qu’il fait lorsqu’il veut dire quelque chose pour faire rire.
Des gens bien
Cela a été marquant pour moi d’évoluer dans ce cadre où le respect et la confiance régnaient. Je pouvais compter sur leur précieuse aide bien souvent, comme un matin lorsque je ratais le train pour Berne. Monique n’hésita pas une seconde à sauter sur les clés du véhicule pour me déposer à la station. Ou encore cette fois, où ils me passeront les accessoires nécessaires pour que je ne grelotte plus. Ils m’ont fait aussi confiance en me confiant les clés de leur maison, alors qu’ils partaient une semaine en vacances, quelques jours avant mon départ.
En somme, mon séjour à Epalinges chez la famille Wenger-Borel me laisse d’heureux souvenirs. Je ne peux étaler toutes les qualités de la famille Wenger-Borel encore moins toutes les choses formidables que j’ai vécues avec eux. Je ne peux que profiter de cette tribune pour les remercier, du fond du cœur. Vous êtes ma famille d’une autre peau, d’un autre continent. Merci beaucoup.
Interculturalité et envoi
Dans un monde où la charité régresse de plus en plus, ces échanges sont le témoin vivant de ce que l’humanité peut avoir de plus cher, l’amour. Oui, on peut s’aimer en se connaissant à peine et cela peut faire grandir, peut faire vivre.
Pour mon expérience d’envoyé en Suisse, cela a été très profitable de vivre en famille. Surtout que c’était mon premier voyage en occident. Sans cet accueil, j’aurais été un voyageur seul dans le désert. J’étais chez moi, à 6’000km de la maison.
Ghislain Alofa-Kponve
Chargé communication du Secaar
Suisse

L’envoi
Ghislain Alofa-Kponve est chargé de communication au Secaar depuis 2018. L’équipe de DM a accueilli Ghislain en son sein durant six semaines début 2025. L’occasion de vivre aussi des moments d’immersion avec les équipes comm d’autres structures (par exemple la Fedevaco ou Unité).