À la croisée des cultures et des Écritures
La pasteure Miora Rasoharinaivo consacre son année en Suisse à une recherche postdoctorale auprès de l’Université de Lausanne sur les violences sexuelles dans l’Ancien Testament. En parallèle, elle accompagne la communauté protestante réformée de Gland, affiliée à l’Église de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM) et collabore avec DM sur les questions d’interculturalité. Elle revient ici sur le sens de cet engagement.
Miora Rasoharinaivo, envoyée Sud-Nord pour la recherche académique

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la question des violences sexuelles dans l’Ancien Testament ?
Je me suis engagée dans l’éducation pour permettre à chacun.e de vivre en paix, à l’abri de toute forme de violence, qu’elle soit physique ou verbale. Dans mon travail auprès des filles et des femmes, j’ai pris conscience de l’ampleur des violences qu’elles subissent. Cette réalité m’a poussée, en 2017, à fonder l’Association féminine espérantiste en Afrique (EVAA), pour promouvoir l’éducation et l’autonomisation des femmes victimes de violences. La violence sexuelle est particulièrement préoccupante et omniprésente : à l’école, au travail, dans la communauté, surtout à la maison. Chercheuse en Ancien Testament, j’ai souhaité interroger les textes bibliques sur ce sujet : que disent-ils ? Que révèlent-ils des sociétés anciennes ? Quelles sont les conséquences de leur interprétation, notamment au sein de la famille royale de David ? Si nous voulons faire évoluer les mentalités et les conditions de vie, il est essentiel de comprendre ces récits dans leur contexte.
En quoi la lecture de certains textes bibliques peut changer dans notre manière de parler, de comprendre ou d’agir face aux violences sexuelles aujourd’hui ?
Le fait d’acquérir des connaissances sur les textes bibliques, les événements survenus ainsi que leurs causes possibles, peut offrir des leçons applicables aujourd’hui. On peut constater des lacunes de leadership au sein de la famille de David, comme le manque d’éducation à l’école et dans la société. Cette dynamique peut être transposée à notre époque, en réfléchissant à la manière d’éduquer et de former les parents afin de prévenir les violences dans la sphère domestique. Je suis convaincue que l’éducation des différents membres du foyer est un des leviers les plus efficaces pour lutter contre ces violences aujourd’hui.
Depuis votre arrivée en Suisse, comment vivez-vous les échanges interculturels ? Qu’est-ce que ces rencontres vous apprennent ?
On peut dire que j’ai un certain avantage en matière d’échanges interculturels. Mon expérience comme secrétaire du conseil d’administration de l’Association biblique malgache et ma pratique actuelle de l’espéranto m’ont permis de développer des collaborations avec des personnes d’horizons culturels et religieux divers. En Suisse, j’ai pu à la fois entrer en contact avec des compatriotes malagasy et me familiariser avec la culture suisse. J’ai vécu l’interculturalité dès mon arrivée, avec la paroisse FJKM de Gland et le pôle échange de personnes de DM. Par exemple, les paroissien.nes ont fait preuve d’une grande hospitalité en remplissant mon frigo. Ce simple geste reflète la culture d’accueil malagasy, que la communauté continue de faire vivre même loin de son pays. J’ai aussi interagi avec des personnes de différentes nationalités à l’Université de Lausanne et je découvre pleinement la richesse et la complémentarité des cultures. Cette expérience m’enseigne que les différences culturelles ne constituent pas un obstacle pour la communication mais qu’au contraire, elles se complètent et facilitent l’accomplissement de ma mission en Suisse.
Notre envoyée Miora Rasoharinaivo

Pasteure consacrée de l’Église de Jésus-Christ à Madagascar, Miora Rasoharinaivo exerce le ministère pastoral depuis dix-huit ans et s’engage depuis dix ans dans l’accompagnement et la formation des jeunes et des femmes. Passionnée par l’exégèse de l’Ancien Testament, elle poursuit actuellement des recherches académiques en Suisse afin de contribuer au développement de l’enseignement théologique à Madagascar. Son travail de recherche à l’Université de Lausanne s’inscrit dans un partenariat avec la FJKM Gland et les paroisses réformées en lien avec DM.








