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Pasteure, Lucette Woungly-Massaga est envoyée auprès de l'Eglise presbytérienne au Rwanda (EPR) pour le programme de formation continue des pasteurs.
En ce qui concerne mon engagement principal, ces recyclages pastoraux (avec des évangélistes responsables de paroisses aussi), je n'ai pas été au chômage comme cela aurait pu l'être selon les prévisions financières – et cela donne raison aux participants qui nous avaient demandé d'appliquer à ces formations les outils à utiliser pour un projet de développement selon l'Evangile, la foi, l'espérance et l'amour.
Après des calculs savants, des économies faites parce que les participants ne sont pas tous venus au séminaire sur le leadership paroissial, des transactions avec un autre programme du Centre de Formation et de Documentation, le coordinateur a pu donner le feu vert pour une nouvelle série de 7 sessions, sur l'accompagnement pastoral en rapport avec le processus GACACA. En août et septembre, j'ai donc repris mon bâton de pèlerin pour cette formation ayant à nouveau un sujet brûlant d'actualité, puisque les juridictions participatives appelés GACACA venaient d'entrer dans la phase de décision et de jugement, après plus d'une année d'investigation pour chercher à établir la vérité.
Avec Violette Nyirarukundo, une ancienne collègue de Remera des années 70, qui a suivi à Nairobi après '94 une formation en accompagnement psychosocial fondé sur la Bible et en réconciliation, nous avons eu beaucoup de plaisir à collaborer: elle a animé les 7 sessions les mercredi et jeudi, après ma présentation des enseignements que la Bible offre à ce sujet, et notamment l'attitude de Jésus, surtout sur le chemin d'Emmaüs. La tragique histoire de Thamar (2 Sam 13) a permis d'imaginer des entretiens pastoraux très proches de la réalité actuelle sans en avoir l'air.
Les jeudi soir et vendredi, les différents groupes ont réfléchi comment passer du séminaire au terrain et dégagé des recommandations et résolutions. Tous se sont rendus compte de l'immensité de la tâche, découvrant qu'il n'y a pas un Rwandais qui n'ait été blessé dans son être profond. Ils sont nombreux dans chaque paroisse, ceux qui n'ont pas pu faire le deuil de leurs pertes et que peuvent menacer des crises traumatiques, avec tout ce qui se passe lors des séances Gacaca, mais aussi à tout moment dans les collines.
Il y a, selon leur inventaire, en premier lieu les rescapés, mais aussi leurs familles revenues d'exil, celles de disparus, d'exilés ou de génocidaires et prisonniers, les présumés coupables (convaincus ou non, en et hors prison), les survivants des victimes de contre-violence, et la liste continue!
Les participants ont pris (davantage) conscience du rôle important que peut jouer l'Eglise, pour être fidèle à sa mission de réconciliation et de consolation (2 Cor 1,3-4 a servi de référence, en plus de 2 Cor 5,17-21, base du thème de l'année passée sur la réconciliation).
Aujourd'hui, le gouvernement compte sur les communautés religieuses, puisque dans chaque paroisse, l'on rencontre toutes les 'catégories' de personnes, et qu'elles sont appelées à cohabiter en raccommodant le tissu social parti en lambeaux. Bien des participants ont été touchés à des profondeurs que l'on cache – et au Rwanda, c'est une des plus hautes vertus que de rester toujours impassible et se taire, d'après leur analyse! D'autres ont relaté des faits bouleversants concernant des séances Gacaca, ou des récits de vie et de survie inimaginables, des casse-tête quasi impossibles à juger.
Je me suis rendue compte que personne ne pourra jamais écrire l'histoire du génocide rwandais, chaque Rwandais a la sienne, en vérité!
Lucette Woungly-Massaga
Pour soutenir l'envoi de Lucette au Rwanda : CCP 10-700-2
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