1. Introduction
Dans la perspective de la communauté oecuménique, nous reconnaissons la mission comme projet de Dieu pour un monde de justice et de paix : par le Souffle de l’Esprit, l’Evangile de Jésus Christ est force de guérison, de réconciliation et d’espérance pour toute personne, au plus intime d’elle- même comme dans toutes les dimensions de son existence, en relation avec les autres au sein de la création voulue par Dieu. Dès le XVle siècle, une des grandes forces de la tradition réformée est de faire en sorte que toute personne puisse avoir accès à la tradition biblique, pour y discerner non pas une parole à suivre à la lettre, mais une parole qui vienne interpeller pour ouvrir à la grâce nouvelle de l’Evangile et appeler à un changement de vie à la suite de Jésus de Nazareth, reconnu comme Christ et Seigneur.
2. Enjeux d’une formation théologique
Un accent fort sur la formation du peuple des croyants fait partie de l’identité réformée, en dialogue avec la société et avec d’autres traditions par rapport auxquelles il s’agit de nous situer pour rendre compte de notre foi et de notre engagement. Cela implique:
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un travail de traduction de la Bible dans les langues parlées par les populations locales, et une production liturgique (cantiques et prières) dans ces mêmes langues. Il s’agit donc de nourrir une foi qui puisse rejoindre chaque personne au plus intime de son existence. L’histoire des sociétés missionnaires a d’abord été une histoire de traductions de la Bible, avec tout ce que cela implique d’apprentissage d’une langue, d’une culture, d’une manière d’être et de vivre différente de celle d’où l’on vient.
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une formation de théologiens capables d’interpréter la tradition biblique : non seulement « traduire » les textes d’une langue à l’autre, mais chercher dans le monde de la Bible la force interpellatrice d’une parole par rapport à un contexte particulier et chercher à transmettre cette force interpellatrice dans un contexte différent. Il s’agit donc d’acquérir des outils d’analyse et de compréhension aussi bien du monde biblique que de nos situations particulières (personnelle, familiale, sociale, politique, économique, écologique, religieuse) en relation avec la situation globale du monde où nous vivons et d’éclairer cette réflexion par une parole de vie reçue de l’Evangile.
« Une théologie correcte reflète l’expérience de la communauté chrétienne en un lieu donné, à une époque donnée. Elle est donc nécessairement une théologie contextuelle. Elle est une théologie valable et vivante qui refuse de se laisser universaliser à la légère parce qu’elle parle en vue d’une situation particulière et à partir d’elle. » (Conférence missionnaire mondiale de Bangkok, 1973)
Le défi de la communauté oecuménique est de vivre un dialogue exigeant entre différentes «théologies contextuelles» qui se cristallisent notamment autour de deux pôles : celui de la pauvreté (avec toutes les souffrances personnelles et tous les enjeux globaux que cela implique) et celui des religions traditionnelles (ici et ailleurs) par rapport auxquelles il s’agit de dire la spécificité de l’Evangile.
« Il semblerait que seule une réflexion théologique conçue comme un processus conciliaire dans lequel on va chercher l’unité dans la diversité soit apte à répondre aux impératifs de la situation. On exclura les formes totalitaires et impérialistes de la communication universelle pour fonder dans le Christ libérateur, l’option commune pour le Royaume de Dieu. Car si la vérité n’est pas uniforme, elle n’est pas non plus relative. Pour tous, elle est donnée dans l’Evangile. » (Klauspeter Blaser, Encyclopédie du protestantisme, art Théologies contextuelles)
3. Lignes de réflexion et d’action actuelles
La tradition biblique fait mémoire de ce que:
- dans l’épaisseur d’histoires particulières concernant des personnes et des groupes, une Parole de vie vient s’immiscer pour ouvrir des espaces de confiance et poser des exigences de justice;
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Jésus de Nazareth a parlé en paraboles pour évoquer la manière dont le mystère du Règne de Dieu vient s’insérer dans la trame la plus ordinaire de l’existence quotidienne pour la renouveler ;
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l’apôtre Paul a rédigé des lettres pour tisser des liens entre gens d’horizons des plus divers de par leurs origines religieuses, sociales, culturelles, économiques.
Forte de cette mémoire, une formation théologique contribue à tisser des liens entre le monde de la Bible et l’existence actuelle dans ses dimensions multiples et complexes. Pour s’inscrire dans cette perspective rapidement évoquée, DM-échange et mission est attentif aux éléments suivants dans son dialogue avec des partenaires d’ici et d’ailleurs par rapport à des pro- jets de formation théologique:
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enracinement dans la tradition biblique, lue, travaillée et interprétée au travers d’un dialogue exigeant entre personnes diverses de par leurs compétences théologiques, leurs origines culturelles et leurs sensibilités spirituelles. Pour éviter d’avoir d’un côté des « théologiens en tour d’ivoire » et de l’autre côté des gens qui se contentent de « réponses toutes faites », il importe qu’il y ait interpellation constante entre exigences académiques et formation du peuple des croyants;
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inscription dans la perspective oecuménique connue sous l’appellation « paix, justice et respect de la création ». La formation théologique ne peut pas avoir pour seul but une formation à l’interne de l’Eglise ; en tant que croyants, il s’agit d’acquérir des outils de travail et d’analyse qui permettent de rester debout face aux défis sociaux, politiques, économiques, écologiques, sanitaires et religieux. A une époque où les humains ont les capacités technologiques de détruire la vie sur terre, il s’agit d’une part de discerner ces forces destructrices et d’autre part de se former ensemble à la résistance, au nom du Dieu dont l’amour aura le dernier mot;
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intégration d’une démarche spirituelle et réflexion sur ce qu’elle signifie : chants, prières, liturgies, poèmes, récits, danses, etc. ne doivent pas être occasion de fuir une réalité difficile, mais occasion d’être nourris afin de rester debout pour l’affronter ; la formation est un des lieux où les croyants sont nourris dans leur foi et leurs engagements;
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affirmation d’une identité protestante qui soit capable de se dire, en dialogue avec d’autres traditions et convictions, tant au sein de la communauté oecuménique (notamment par rapport aux Eglises catholiques, orthodoxes et pentecôtistes) qu’au milieu de la société civile;
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participation à égalité de chances de femmes, d’hommes, de jeunes gens et de jeunes filles à toute démarche de formation tant pour les personnes appelées à exercer un ministère particulier que pour chaque membre de l’Eglise;
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relations avec les Eglises locales appelées aussi bien à discerner les charismes de formateurs et à soutenir financièrement les lieux de formation qu’à recevoir des interpellations critiques quant à leurs manières d’assumer leurs engagements et de gérer le pouvoir et les ressources;
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ouverture à l’Eglise universelle : visites, échanges, partages, prières, afin d’éviter tout repli sur soi et de briser les carcans dans lesquels chacun risque de s’enfermer.
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