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A 51 ans, Zabulon Djarra vient d'être nommé secrétaire général de l’Eglise protestante méthodiste du Bénin (EPMB). Père de cinq enfants, ce professeur d’éthique enseigne à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest, à Porto Novo. Face à face.
"La solidarité africaine a ses limites, contrairement à celle du Christ"
DM: Vous êtes en Suisse pour la campagne DM-Eper «Ensemble pour grandir». La coopération vous paraît-elle indispensable?
ZD Dans la mesure où elle n’est pas de l’assistanat, c’est certain. Les programmes imposés à l’Afrique sans connaissance ni des besoins ni des réalités - comme ceux de la Banque Mondiale, par exemple - n’ont jamais fait avancer les choses. Nous avons besoin d’une coopération à visage humain. Un échange où les deux parties engagées en sortent gagnantes.
Le type de coopération qui se vit avec
DM-échange et mission
remplit-il ce rôle?
C’est un modèle d’échange utile dans la mesure où il repose sur les besoins réels du pays. Chaque départ d’un professionnel de la Suisse est constructif dans la mesure où il vient combler un manque de compétences. La suite? Cela porte des fruits visibles dont la population bénéficie. Je pense notamment à l’alphabétisation des femmes ou à la Policlinique Le Bon Samaritain, à Porto Novo. Là, les plus pauvres peuvent avoir accès au soin.
Parlant d’échange, vous en avez été bénéficiaire, en 2000, en étudiant à Genève, grâce à une bourse de l’EPER, durant votre cursus de théologie. Qu’en avez-vous retiré?
Un apport important à ma thèse grâce au soutien du professeur et doyen de la Faculté de théologie protestante François Dermange. Le thème de ma thèse portait sur la solidarité et j’ai pu approfondir le sujet sous l’angle de l’éthique protestante tout en travaillant le thème en regard de mes racines africaines.
Et alors, quelles différences majeures entre ces vues?
L’éthique africaine est anthropocentrique, et c’est bien: l’homme se trouve au centre des préoccupations. Les valeurs telles que solidarité, fraternité et partage sont primordiales car elles lui sont bonnes. La communauté familiale préside aux décisions et l’individu doit s’y soumettre. Mais cette solidarité a ses limites: elle se vit au niveau du sang. C’est «ma famille d’abord, puis mon ethnie, et c’est tout.» Du coup, l’homme se sent peu responsable du bien-être social de ses semblables. Avec la solidarité chrétienne, c’est tout différent: elle casse ces barrières en préconisant d’être bon avec tous.
Est-ce une solution d’avenir?
Tout à fait! Cette notion-là véhicule des éléments sociaux très forts. Quand je prends la parole du Christ qui dit être venu pour que les aveugles voient et les boiteux marchent, cela m’interpelle. Voyez-vous, j’ai besoin de voir en quoi le salut du Christ se concrétise, pratiquement. Dans le domaine de la santé, de la sécurité, de la paix. Au Bénin, comme ailleurs, la population a besoin d’être mieux logée, mieux soignée. Le christianisme ne doit pas être abstrait, mais se vivre en actions.
Lausanne, le 6 novembre 2009
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